Histoire du lion

Découvrir le lion

Le Lion est le plus grand des Chats. C’est le roi des Carnivores, le maître réel de tous les Mammifères. Aussi lui donne-t-on parfois le titre de roi des animaux, mais il est loin de le mériter, car il n’est ni brave, ni magnanime, il est plutôt lâche. Tous ses actes sont inspirés par le plus ou moins de réplétion de son estomac. Quand il se promène dans le désert, sa tête est plutôt pendante que relevée, et il est loin d’avoir l’aspect majestueux que nous sommes accoutumés à trouver sur les représentations qu’en ont données les artistes.

Histoire du lion

C’est un Chat magnifique, vigoureux, qui a toujours inspiré la crainte et le respect. Ainsi les Hébreux avaient plus de dix termes pour le désigner. Il n’est aucun animal qui ait donné lieu à autant de fables, à autant de récits exagérés. Ils sont enracinés dans l’esprit du vulgaire, et ils se sont traduits dans de nombreux proverbes.

Aristote avait déjà réfuté une partie de ces erreurs, mais le merveilleux a tellement plus de charme que la réalité, qu’il réussit toujours à se transmettre de génération en génération. Cependant, les anciens avaient eu plus d’occasions de l’observer que nous, puisque ces animaux étaient jadis très répandus et très communs dans des endroits d’où ils ont complètement disparu, en Turquie, par exemple. En effet, la géologie nous apprend que le Lion des cavernes, qui est considéré comme une variété du Lion ordinaire, a laissé des restes dans toute l’Europe, excepté dans les régions les plus septentrionales.

Les changements de climat ne sont probablement pas étrangers à sa disparition.
Au début de la période historique, ces animaux vivaient encore dans toutes les contrées situées au sud des Balkans, en. Roumanie, à l’ouest de la rivière Carasu, en Thessalie, jusqu’au golfe de Lépante et à l’isthme de Corinthe, la limite occidentale étant formée par la rivière Potamos et les monts du Pinde.
Au temps d’Aristote, on en rencontrait dans les montagnes du nord de la Grèce, depuis le fleuve Nestus, près d’Abdère, en Thrace, jusqu’à Acheloüs, en Acarnanie. Ces Lions d’Europe, qui n’avaient pas encore complètement disparu du temps d’Alexandre, avaient inquiété l’armée de Xerxès traversant le pays des Paeoniens, l’un des peuples habitant la Macédoine, car les nombreux chameaux qui servaient au transport des bagages furent attaqués pendant la nuit par des Lions descendus des montagnes. Pausanias, qui rapporte le même fait, ajoute que ces Lions venaient souvent au sud, jusqu’à l’Olympe, qui sépare la Macédoine de la Thessalie. Divers documents semblent prouver qu’ils ont disparu de l’Europe peu avant le commencement de l’ère chrétienne.

Les Lions n’étaient pas moins nombreux en Asie, surtout dans les contrées situées entre l’Inde et la Perse. La Cilicie, l’Arménie, le pays des Parthes, en étaient pleins, selon Oppien, et Apollonius nous apprend qu’il en rencontra une grande quantité entre l’Hyphase et le Gange. Enfin, dans les régions mêmes où ces terribles Carnassiers habitent encore, leur nombre devait être jadis bien plus considérable qu’il ne l’est de nos jours, sans quoi les Romains n’auraient jamais pu se procurer les quantités prodigieuses de Lions qu’ils faisaient paraître dans leurs jeux.
L’édile Quintus Scevola, d’après Pline, fut le premier qui en montra plusieurs ensemble dans le cirque. Sylla, pendant sa préture, fit combattre à la fois cent mâles, qui lui avaient été envoyés, nous dit Sénèque, par Bocchus, roi de Mauritanie.
Pompée ouvrit le cirque à six cents, dont trois cent quinze mâles, et Jules César à quatre cents. La même abondance continua pendant quelque temps sous les empereurs. Adrien sacrifiait souvent jusqu’à cent lions à la fois, dans les jeux du cirque, et Marc-Aurèle en fit tuer un pareil nombre à coups de flèches, lorsqu’il triompha des Marcomans.
De telles hécatombes devaient nécessairement rendre les Lions assez rares et faire craindre d’en manquer pour le cirque. Aussi fut-il défendu, par une loi, aux particuliers de les chasser. Cette défense ayant été abrogée par Honorius, la destruction continua. Enfin l’intervention des armes à feu venant en aide aux moyens employés jusqu’alors pour en diminuer le nombre, les Lions n’ont cessé d’être repoussés de plus en plus dans les déserts. Dans le sud de l’Europe et le sud-ouest de l’Asie, la guerre que l’homme leur a faite avec succès, grâce à ses armes de plus en plus perfectionnées, est certainement la cause principale de leur disparition complète.

Caractère et physique du lion

Le Lion est solidement charpenté ; les pattes vigoureuses, surtout les antérieures, portent un tronc relativement court et un abdomen plus rentré. Le cou est court pour faciliter l’action de la tête qui est mue par des muscles volumineux. Jamais la graisse sous-cutanée n’est assez abondante pour masquer le relief de sa puissante musculature. La tête est grosse, la face large. Les yeux sont petits et à pupille ronde. Le pelage est court, serré, sans rayures ni taches. Cette couleur, à peu près uniforme, varie, chez les différents individus ou suivant les régions géographiques, du fauve pâle au brun pâle et au marron foncé. L’extrémité de la queue, qui porte un flocon de poils, est noire, ainsi qu’une touffe en dedans des membres antérieurs et le côté externe des oreilles.
La touffe caudale cache un ergot ou ongle corné assez petit, au moyen duquel
l’animal se pique la peau, quand il se bat les flancs avec sa queue, pour se
mettre en colère et s’exciter, dit-on, à se jeter sur ses ennemis. L’appareil musculaire qui fléchit le carpe et les doigts a un développement extraordinaire et donne aux griffes une puissance remarquable.

Le mâle porte, en plus, une crinière qui lui couvre la tête, une portion du
tronc et les épaules et qui, lorsqu’il relève la tête, lui donne cet aspect majestueux,
vraiment royal, qu’ont chanté les poètes. Cette crinière, qui peut manquer presque complètement, varie énormément dans sa couleur, son étendue, la longueur et la quantité des poils. Elle existe aussi sur le Lion asiatique. Elle se prolonge parfois en une sorte de crinière ventrale plus ou moins abondante.

Sa couleur est jaune rougeâtre, parfois mélangée de poils foncés assez nombreux. Il est très rare qu’elle soit noire.
Le Lion émet une forte odeur de fauve.
La longueur du Lion, mesurée du bout du nez au bout de la queue, peut dépasser 3.50m; sa queue atteint 90cm; sa hauteur au garrot est de 1.08m; son crâne mesure environ 55cm et son poitrail de 40 à 45cm. Le poids d’un adulte est de 25o kilogrammes et atteignait 291 kilogrammes pour un individu tué, en 1865, dans l’État d’Orange. Le Lion peut vivre de trente à quarante ans.Les jeunes, dont le pelage est comme duveteux, et dont la couleur est brun jaunâtre pâle, présentent quelques dessins, car ils montrent sur le tronc et les cuisses des taches plus ou moins disposées en rangées transversales, mais
jamais des stries bien délimitées. Ces dessins pâlissent et disparaissent peu à
peu, mais peuvent quelquefois s’apercevoir jusqu’à la puberté et même plus
tard.
C’est, vers l’âge de trois ans que la crinière commence à apparaître, jamais
elle n’atteint toute sa longueur avant la puberté, elle cesse de s’accroître vers
l’âge de six ans.

C'est, vers l'âge de trois ans que la crinière commence à apparaître, jamais elle n'atteint toute sa longueur avant la puberté, elle cesse de s'accroître vers l'âge de six ans
C’est, vers l’âge de trois ans que la crinière commence à apparaître, jamais
elle n’atteint toute sa longueur avant la puberté, elle cesse de s’accroître vers
l’âge de six ans ©wwarby

Habitat du lion

Actuellement, le Lion se rencontre en Asie et en Afrique. En Asie, il est beaucoup plus rare qu’en Afrique. Ainsi on ne le trouve plus dans l’Afghanistan ou le Belouchistan, pas plus que dans les hauts plateaux de la Perse. Il a donc disparu de l’ouest de l’Inde. D’après les affirmations des indigènes, il existerait encore en Arabie. Pour Blanford, les Lions sont encore nombreux dans les marécages couverts de roseaux qui bordent le Tigre et l’Euphrate et sur le flanc occidental des monts Zagros (il y a quelques années
un Lion tué fut encore apporté à Damas). Le Lion remonte même. jusqu’à Mossoul et Ninive. Pendant des fouilles aux environs de Babylone, on pouvait chaque jour apercevoir des traces de son passage. Au sud, son habitat s’étend jusque dans le Khouzistan, près de Suse, et dans le massif montagneux situé au sud de Chiraz, jusqu’au 55e degré de longitude orientale.

La petite vallée de Dachtiarchan est surtout célèbre à cause de la grande quantité de Lions vivant dans son voisinage sur les bords marécageux d’un lac. Cette vallée forme un vrai paradis pour les Sangliers, car les montagnes voisines, hautes de 1200 à 2 000 mètres, sont couvertes de forêts de chênes, de fourrés d’aubépines, avec des vignes et des vergers plantés de poiriers. Les Porcs sauvages, y trouvant une abondante nourriture, y sont très nombreux; aussi les Lions ont-ils toujours des proies assurées, d’autant plus qu’ils peuvent encore varier leur menu en mettant à contribution les Chèvres sauvages ou les Veaux des troupeaux qui paissent au fond de la vallée. Chaque année, on tue cinq
à six Lions, et parfois des jeunes sont pris et apportés à Chiraz.

Dans l’Inde, le Lion est en voie de disparition. Il paraît confiné dans les jungles de différentes parties du Kattijwar et du Radjpoutana, d’où il atteint les environs de Dehli. Dans les autres parties de l’Inde, il a été exterminé. On a admis pendant longtemps que le Lion du Gujerat , assez semblable au Lion de Perse, devait former une espèce distincte, à cause de son manque de crinière. Mais il est bien prouvé maintenant que le Lion asiatique porte une crinière à partir d’un certain âge, comme le Lion d’Afrique.

En Afrique, son aire d’habitat s’étend du Cap jusqu’au Sénégal, en Algérie et en Abyssinie. Elle présente de grandes lacunes, car le Lion a complètement disparu de certaines régions. Ainsi, en Algérie et en Tunisie, grâce aux chasseurs français, et surtout au célèbre Jules Gérard, il a à peu près disparu de la région septentrionale. On l’avait dénommé le Lion de Barbarie, pour le distinguer du Lion de Perse et de celui du sud de l’Afrique.
J’ajouterai que M. Selous a prouvé que les Lions à crinière noire du sud de l’Afrique et ceux auxquels la nature n’a accordé qu’une courte et faible crinière jaune, peuvent, non seulement se rencontrer dans les mêmes localités, mais encore faire partie de la même famille.

Les différentes variétés de lion

Quoi qu’il en soit, on admet diverses variétés de Lions :
Le LION DU SÉNÉGAL, dont la crinière est épaisse et la teinte claire ;
Le LION DU CAP, dont la crinière est très forte et très foncée en couleur ;
Le LION DE LA SOMALIE, qui est gris blanc, comme saupoudré de noir, et dont la crinière, noirâtre en arrière, ne couvre pas les épaules;
Et parfois le LION DE PERSE, à taille plus petite et à crinière mélangée de poils bruns et noirs. C’est celui qu’on rencontrait jadis en Palestine et en Grèce. Les Lions d’Asie sont beaucoup moins bien connus que ceux d’Afrique.

Les lions et la chasse

Les Lions ont été de tout temps l’objet de chasses continuelles pour en diminuer le nombre, surtout dans le voisinage des lieux habités par les Européens, qui ne voulaient pas payer l’impôt en nature que prélève le Lion sur les troupeaux.
D’après le célèbre tueur de Lions, Jules Gérard, les trente Lions qui en 1855 se trouvaient dans la province de Constantine coûtaient annuellement 180000 francs. L’Arabe payant 5 francs d’impôt à l’État, en paye 50 au Lion. D’après lui, un seul Lion consomme une valeur annuelle de 6000 francs en Chevaux, Mulets, Boeufs, Chameaux, Moutons. En prenant la mienne de sa vie qui est de trente-cinq ans, chaque Lion coûte donc aux Arabes 210000 francs. Dans la seule province de Bône, de 1856 à 1857, soixante Lions ont enlevé dix mille pièces de bétail grandes et petites. Le dommage est relativement moins important, quand l’élevage se fait sur une plus grande échelle, ou quand les troupeaux d’Herbivores sauvages sont encore nombreux.
Les indigènes de l’Afrique centrale, pour se protéger, achètent aux fakirs à prix d’or un hedjahb, verset du Coran, dilué par des phrases du cru du fabricant. Ils le clouent à la porte de la sériba et s’endorment tranquilles. Le Lion, qui est un animal juste, doit respecter les paroles du Tout-Puissant. Comme l’efficacité d’une telle recette laisse souvent à désirer, ils sont forcés d’avoir recours à d’autres moyens.

Armés de lances, ils se réunissent en battues, cernent le Lion au gîte, et quand celui-ci se présente pour les recevoir, il est percé de coups; mais avant de mourir ou de s’échapper, il a toujours eu le temps d’immoler quelques chasseurs. Dans l’Atlas, lorsqu’un Lion avait porté la terreur sous les tentes du voisinage, tous les hommes valides et courageux se réunissaient pour le cerner et se mettaient à l’insulter et à tirer des coups de fusil sur le fourré jusqu’à ce que la patience du Lion fût à bout et qu’il se décidât à paraître. Le premier rang faisait feu; le Lion blessé, bondissant sur cette multitude, succombait
ordinairement sous les balles du deuxième rang, qui prenait la place du premier.
Cette chasse, malgré le grand nombre de personnes qui y prennent part, n’est pas toujours sans danger, car J. Gérard raconte qu’un Lion, en 1853, mit en fuite deux cents personnes armées de bons fusils après en avoir tué une et blessé six.

On capturait le Lion aussi au moyen de fosses de io mètres de profondeur et de 4 à 5 mètres de largeur, plus étroites à l’orifice qu’à la base et qu’on creusait au centre du douar, où les troupeaux étaient parqués. Une haie de 2 à 3 mètres empêchait le bétail d’y tomber. Le Lion, franchissant la haie, tombait dans la fosse, où les fusils l’achevaient bientôt. Après cela, chaque mère de famille recevait un petit morceau de cœur de
l’animal qu’elle faisait manger à ses enfants mâles pour les rendre forts et courageux.

La chasse la moins dangereuse, après la fosse, est la chasse à l’affût sous terre et à l’affût sur un arbre. Ces affûts fixes sont placés sur le bord d’un sentier habituellement fréquenté par le Lion. Pour amener le fauve à s’arrêter un instant afin de pouvoir l’ajuster, on place sur son chemin un animal de leurre, un Sanglier ou une Chèvre. Le chasseur doit alors choisir l’instant où il peut lui loger une balle entre les deux yeux et le tuer raide. La prime touchée pour la destruction a varié, en Algérie, de 100 à 50 francs.
L’Ecossais Gordon Cumming, qui pendant cinq ans a parcouru le sud de l’Afrique pour chasser le Lion, recommande les Chiens bien dressés qui harcèlent l’animal et détournent son attention du chasseur.
Édouard Foa, qui a chassé le Lion à l’affût sous terre, au centre de l’Afrique, déconseille l’emploi d’appâts, car le roi des animaux n’aime pas qu’on lui prépare sa nourriture, il préfère tuer lui-même. Le piquet auquel est fixé le cadavre et la – corde semblent le mettre en défiance. Il rapporte ce fait curieux qu’un Cheval  échappé, et que sa longe prise dans un buisson avait retenu prisonnier, avait été épargné par les fauves. Les Lions tournèrent autour de lui, car leur traces entouraient la place d’une ‘infinité de cercles, mais comme ils craignaient quelque piège, ils s’étaient prudemment abstenus d’approcher de trop près.
Foa recommande de guetter le Lion ou de suivre sa piste fraîche pour se ménager ainsi un tête-à-tête avec ce peu commode voisin. Le fauve se retirera lentement avec un air majestueux et dédaigneux, et un coup de feu, s’il est manqué, ne fera qu’accélérer son allure. Mais malheur au chasseurs’il l’a seulement. blessé: il bondit sur lui avec une force terrible décuplée par la rage. On peut encore l’attendre à l’abreuvoir, car Édouard Foa affirme que le Lion va invariablement boire après avoir mangé.

C'est surtout lorsqu'ils sont jeunes que les Lions s'apprivoisent facilement et parfaitement si on leur prodigue de bons soins. Ils reconnaissent leur maître et l'aiment d'autant plus qu'il s'occupe plus d'eux.
C’est surtout lorsqu’ils sont jeunes que les Lions s’apprivoisent facilement et parfaitement si on leur prodigue de bons soins. Ils reconnaissent leur maître et l’aiment d’autant plus qu’il s’occupe plus d’eux. ©Derek keats

Les lions et la captivité

C’est surtout lorsqu’ils sont jeunes que les Lions s’apprivoisent facilement et parfaitement si on leur prodigue de bons soins. Ils reconnaissent leur maître et l’aiment d’autant plus qu’il s’occupe plus d’eux. C’est le Carthaginois Hannon qui le premier a su apprivoiser un Lion. Il le conduisait à la main, ce qui, dit-on, fut cause de sa perte. L’histoire d’Androclès et de son Lion n’a donc rien d’invraisemblable. Après de longues années, le Lion reconnaît encore son ancien gardien, à ses traits ou à sa voix.

Il souffre les taquineries qu’on peut lui faire, il se laisse caresser comme tous les animaux domestiques. Mais il est plus noble que le Tigre et les autres Félidés. Car, pendant que ceux-ci se battent et se déchirent pour s’emparer d’un morceau de chair qu’on leur tend, le Lion se lève simplement, regarde fixement la viande, sans même avancer la patte pour la saisir, et attend héroïquement qu’on lui serve son repas.
Ce n’est pas seulement à l’homme que le Lion, plus aimant qu’on ne l’a cru, s’attache avec force et avec constance. Bien des personnes ont été témoins de l’affection touchante qui a lié pendant longtemps un jeune Chien et le Lion de la ménagerie du Muséum, à l’histoire de laquelle Toscan a su donner un si grand intérêt.

« Le Lion de la ménagerie, dit Toscan, témoignait à son Chien les plus tendres caresses. Celui-ci les recevait et les rendait sans crainte comme sans défiance. Sa gaïté naturelle, son air franc et ouvert tempéraient l’humeur grave et sérieuse du roi des animaux. Souvent il se jetait sur sa crinière, et lui mordait, en jouant, les oreilles. Le Lion, se prêtant à ces jeux, baissait la tête. Souvent à son tour il l’invitait lui-même à jouer, en se mettant sur le dos, et le serrant entre ses pattes. La foule qui l’entourait, les objets nouveaux lui passaient sans cesse devant ses yeux, rien ne pouvait le distraire de la société de son Chien. Cherchait-il le repos, c’était à ses côtés qu’il aimait à dormir. A son réveil, c’était encore lui qu’il voulait revoir. Quelquefois même d’une patte il pressait doucement son ami contre son sein, tandis que de sa langue il allait le lécher sous le ventre.

« Les repas seuls suspendaient un moment cette intimité. Alors chacun s’écartait pour recevoir sa portion et nul n’aurait osé attenter à la propriété de l’autre, pas même la convoiter des yeux. Pour se rapprocher, celui qui avait fini le premier attendait que l’autre eût fini, et l’on pense bien que le Lion était toujours le plus expéditif. Un jour, l’étourderie de l’homme qui les servait fit que la portion de viande alla tomber sous le nez du Chien, et le pain sous la gueule du Lion. Celui-ci au même instant se tourne vers son compagnon,
qui, montrant les dents, lui défend d’approcher et avala sous ses yeux un dîner tel qu’il n’en avait jamais fait de sa vie.

« Une paix si touchante était cependant troublée par ceux mêmes qui venaient en jouir et auraient dû la respecter. Des morceaux de pain jetés à travers les barreaux de la cage devenaient presque toujours un sujet de discorde. Le Chien, regardant tout ce qui lui venait de la main de l’homme comme un bien qui lui appartenait sans réserve, s’en emparait avec une extrême vivacité. Si le Lion faisait un mouvement, il se jetait sur lui et le mordait avec tant de fureur que le sang en coulait. Le Lion alors se contentait d’écarter de sa patte son injuste ami. Au reste, ces orages n’étaient que passagers. Le Lion se livrait rarement à la colère et le Chien revenait bientôt de ses emportements. « Enfin le Chien mourut: le Lion, privé de son ami, l’appelait sans cesse par de sombres rugissements. Bientôt il tomba dans une profonde tristesse. Tout le dégoûtait. Sa force et sa voix s’affaiblissaient par degrés. Dans la crainte qu’il ne succombât, on voulut donner le change à sa douleur, en lui présentant un autre Chien. On en chercha un qui, par sa couleur, ressemblât à son ami. Quand on crut l’avoir trouvé, ce Chien fut amené d’abord devant les barreaux de la loge. Le Lion le fixe d’un œil étincelant. La fureur éclate sur toute sa face, il pousse un rugissement effroyable, et les pattes tendues, les griffes déployées, il est prêta s’élancer.

«A cette passion subite et violente, on croit avoir trompé l’instinct de l’animal ; on croit que, dans sa fureur, il ne veut se jeter que sur celui qui retient son Chien bien-aimé. On n’hésite plus à le lui abandonner. A peine le Chien est-il rentré dans la loge, que le Lion l’étrangle

« Après ce malheureux essai, il eût été inutile de songer à de nouvelles tentatives. En effet, ce n’était pas un Chien qu’il regrettait, c’était un ami. Le temps qui console a calmé sa douleur et lui a rendu la santé et les forces, mais il n’a pu effacer ses regrets. Le sentiment de sa perte se renouvelle et s’aigrit à la vue d’un Chien qui passe: il se lève aussitôt, il s’agite, il gronde sourdement,  et ne redevient paisible que quand cette image douloureuse s’éloigne de ses yeux. »

La Lionne peut éprouver une affection aussi profonde et aussi constante. Lacépède raconte qu’une des Lionnes de la ménagerie du Muséum non seulement souffrait sans peine un jeune Chien dans sa loge, mais qu’elle paraissait l’aimer beaucoup, se plaire à ses jeux, s’amuser de ses caprices, et être sensible à ses caresses.

Avec une bonne nourriture, le Lion privé de liberté peut vivre pendant de longues années, trente à quarante ans. Il lui faut par jour environ 5 kilogrammes de viande de bonne qualité. Avec cela il se porte bien et prend de l’embonpoint. Sinon, il tombe malade.
Les jeunes Lions, nés en captivité, meurent souvent à l’époque de la dentition. Ceux qui résistent sont doux comme des Chiens, assez doux pour être exhibés sur la scène.

L’audace des dompteurs qui entrent dans leur cage pour les forcer à leur obéir, était très commune chez les anciens, et l’est encore en Orient. A Rome, des Nubiens parcouraient les rues et le forum, en tenant en laisse des couples de Lions africains.